Billet d’humeur d’Olivier COSTA

Le contrat, le Mao et le malentendu

On peut signer un contrat dans toutes les langues, mais on ne signe jamais hors de toute culture !

Il paraît qu’une plaisanterie peut faire perdre quelques millions d’euros.

À ce tarif-là, mieux vaut parfois s’abstenir de rire.

Tout commence par un « mème ». Pour les moins connectés d’entre nous, il s’agit de ces images détournées qui circulent sur les réseaux sociaux et font sourire, parfois réfléchir, mais plus souvent perdre du temps.

Cette fois, un célèbre footballeur français découvre son visage associé à celui d’un personnage historique chinois.

Il en rit. Quelques mots et mois plus tard, c’est toute une partie de la Chine qui ne rit plus.

Les réseaux sociaux s’enflamment, les partenaires commerciaux s’éloignent et les contrats publicitaires prennent la direction des vestiaires.

Pourtant, au départ, la relation était aussi belle que la passe lumineuse de Harry Kane. Tout semblait écrit pour finir en ballon d’or. Et voilà que le malentendu a pris l’apparence d’un tacle les deux pieds devants et transformé la relation en ballon de plomb.

Ainsi derrière cette anecdote se cache une leçon que tous les acteurs du commerce international devraient méditer : un contrat ne se signe jamais dans un désert culturel.

Un contrat bien rédigé, des obligations précisément définies, une clause de confidentialité, une clause résolutoire, une loi applicable, une juridiction compétente et, pour les plus prudents, une clause d’arbitrage. Tout est prévu ou presque pour avoir l’assurance d’une sécurité juridique.

Mais il manque parfois une clause essentielle, celle que l’on ne trouve dans aucun code : la compréhension de la culture de l’autre.

Lorsque deux entreprises de pays différents contractent, elles ne rapprochent pas seulement des intérêts économiques. Elles confrontent aussi des histoires, des sensibilités, des traditions, des symboles et des représentations du monde.

Ce qui relève ici de l’autodérision peut être perçu ailleurs comme une offense.

Ce qui paraît anodin dans une conversation privée peut devenir explosif une fois diffusé à l’autre bout de la planète.

Et ce qui semble parfaitement acceptable au regard de notre liberté d’expression peut susciter une réaction commerciale particulièrement sévère.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille renoncer à nos convictions, à notre liberté de penser ou à notre sens critique pour conquérir un marché étranger.

Respecter une culture n’est pas adhérer à toutes les positions politiques de ses dirigeants.

Mais comprendre les sensibilités de son partenaire est une marque d’intelligence, de respect et, disons-le en toute honnêteté intellectuelle, de prudence économique.

Encore faut-il savoir ce que l’on signe !

Le signataire doit connaître ses engagements, mais aussi comprendre ce que son cocontractant attend réellement de lui. Et le partenaire étranger doit, de son côté, expliquer ses attentes, ses contraintes et ses lignes rouges.

C’est une responsabilité réciproque.

Un contrat peut parfaitement être valable juridiquement et devenir catastrophique commercialement.

Surtout, dans les contrats internationaux concernant l’image, la réputation ou la représentation d’une marque, la signature ne devrait jamais constituer le dernier acte de réflexion.

Voilà pourquoi l’accompagnement juridique international ne saurait se limiter à traduire des clauses, à négocier des pénalités ou à choisir entre le droit français et le droit étranger.

Il faut parfois savoir traduire les silences, décrypter les usages et anticiper les susceptibilités.

Faire preuve de cette qualité encore trop rarement enseignée dans nos facultés : l’intelligence culturelle.

Après tout, la confiance ne se décrète pas dans un préambule contractuel. Elle se construit dans la connaissance et le respect mutuel.

Alors, faut-il désormais prévoir une clause de bonne humeur dans les contrats internationaux ? Une procédure de validation préalable des plaisanteries ? Un comité de conformité des mèmes ?

Ce serait peut-être excessif. Quoique…

En attendant, retenons une règle simple : avant de signer à l’étranger, mieux vaut connaître son partenaire, son histoire et ses sensibilités.

Dans les affaires internationales, on peut toujours négocier le prix d’un contrat.

Mais lorsqu’une plaisanterie tourne mal, même le meilleur avocat du monde aura du mal à négocier le prix du sourire.

La mondialisation nous a appris à signer des contrats à l’autre bout du monde en quelques secondes.

Et c’est heureux car cela ouvre l’esprit.

Mais Il ne faut pas oublier de comprendre ceux avec qui nous les signons.

Car si le droit rapproche les parties, une mauvaise plaisanterie peut encore les séparer.

Et dans ce cas, la plus belle clause d’arbitrage du monde ne départagera pas le sens de l’humour.

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