Et si le droit était notre point fixe ?
Il y a des rentrées moins légères que d’autres. Difficile, cette année, de revenir de vacances en faisant semblant de ne pas voir ce qui nous entoure.
Les guerres se multiplient et s’installent. La violence s’affiche quotidiennement sur nos écrans jusqu’à risquer de devenir la norme. Nos données sont volées, piratées, diffusées, y compris lorsqu’elles sont détenues par ceux-là mêmes qui devraient les protéger. La montagne s’effondre, les glaciers disparaissent, des populations sont dévastées par des catastrophes climatiques qui deviennent peu à peu la règle.
L’économie, elle, hésite. Les entreprises attendent. Les investissements ralentissent. Les inquiétudes s’accumulent. Les gouvernants ne gouvernent plus.
Et puis il y a peut-être plus préoccupant encore : nous ne savons plus à qui faire confiance.
À force de certitudes contradictoires, d’informations instantanées et d’indignations successives, le doute finit par s’installer partout.
Alors, faut-il céder à la morosité ? Certainement pas.
Mais l’optimisme ne consiste pas à fermer les yeux. Il ne s’agit pas de prétendre que tout va bien. L’optimisme consiste, au contraire, à regarder le réel en face et à décider malgré tout d’agir en ayant recours à des points fixes.
Et si le droit était l’un d’eux ?
Le droit ne mettra pas fin immédiatement aux guerres. Il n’arrêtera pas à lui seul le réchauffement climatique, ne restaurera pas instantanément la confiance et ne protégera jamais totalement nos données. Il serait présomptueux de lui prêter de tels pouvoirs.
Mais le droit possède une vertu devenue presque subversive dans un monde qui s’accélère : il nous oblige à revenir aux fondamentaux.
Il rappelle qu’il existe des principes auxquels nous ne devons pas renoncer lorsque les circonstances deviennent difficiles. La liberté. La dignité. L’égalité. La responsabilité. La protection du plus faible. Le respect de la parole donnée. Le droit de se défendre. La force obligatoire des engagements. Le refus de l’arbitraire. L’intelligence collective.
Des principes anciens. Certains diraient même de vieux principes. Et pourtant, d’une extraordinaire modernité.
Car lorsque tout vacille, la tentation est grande de considérer les principes comme des contraintes. C’est précisément à cet instant que les fondamentaux deviennent essentiels, lorsque la force et la bêtise tendent à devenir la Loi alors que la Loi doit être issue du droit.
Peut-être avons-nous donc besoin, en cette rentrée, de revenir à quelque chose de très simple : au droit, bien sûr, mais aussi à ce qui le précède et lui donne son sens.
Nous rencontrer. Nous écouter. Nous parler. Accepter le désaccord sans transformer celui qui pense différemment en adversaire. Retrouver la nuance dans un monde qui nous somme trop souvent de choisir un camp. Remettre un peu de raison là où l’émotion et l’immédiateté tendent à tout emporter.
Le droit est aussi cela : un langage commun qui permet à des intérêts contraires de continuer à vivre ensemble.
Dans un monde qui doute de beaucoup de choses, il en est une dont nous restons convaincus : nos droits ont une valeur. Et cette valeur mérite, plus que jamais, d’être défendue.
C’est peut-être, finalement, une assez bonne feuille de route pour cette rentrée.