Gouverner, c’est prévoir. La formule est connue.
La suite l’est moins : ne rien prévoir, c’est courir à sa perte.
Gouverner, c’est prévoir. La formule attribuée à Émile de Girardin a traversé les siècles parce qu’elle résume une évidence.
L’action publique ne consiste pas seulement à réagir lorsque le mal est fait. Elle suppose d’identifier les risques connus, d’imaginer les situations critiques et de mettre en place les moyens permettant de les éviter ou d’en limiter les conséquences.
Le corollaire est évident même si l’exigence induite semble parfois oubliée : anticiper les risques avant qu’ils ne deviennent des drames.
Il est des drames qui nous bouleversent parce qu’ils semblent surgir de l’imprévisible. Et puis il y a ceux qui nous émeuvent mais troublent davantage encore, parce qu’ils étaient, au moins en partie, prévisibles.
Notre époque est traversée par des drames dont les circonstances diffèrent, de même que les responsabilités mais qui rappellent une vérité simple et ancestrale : prévoir demeure l’une des premières obligations de toute société organisée.
La justice et l’environnement en sont une parfaite illustration.
Pour chacun, les vulnérabilités sont, depuis très longtemps, connues, documentées, expliquées par les professionnels qui connaissent la réalité du terrain.
Personne ne peut prétendre ignorer sérieusement leur existence.
Gouverner, c’est prévoir mais c’est aussi parfois, souvent, agir à temps.
L’anticipation des drames et des crises qui en découlent dont certains aiment à se repaitre, repose pourtant sur des principes modestes : vigilance, coordination, partage de l’information, contrôle, proximité humaine et, tout simplement, bon sens.
Alors à chaque drame, une crise.
A chaque crise, une indécence, avec distribution de blâmes à l’emporte-pièce, sans action de fond.
Malgré cela, nous persistons à ne pas consacrer notre énergie à la prévention.
Or, lorsqu’un drame survient, les hommages, les enquêtes et les explications arrivent toujours trop tard pour ceux qui en sont les victimes.
Prévoir ne permet pas d’éviter tous les malheurs.
Mais renoncer à prévoir, c’est accepter que certains d’entre eux deviennent inévitables…à nouveau.